En France, le désert médical affecte tant les zones rurales que certaines zones urbaines. Cette situation est encore plus critique en médecine spécialisée telle que la cardiologie.
Néanmoins, le maillage territorial des médecins généralistes, bien qu’également impacté par cette problématique, permet de pallier au manque de professionnels de santé. Cependant, cela oblige les généralistes à pratiquer des actes techniques comme l’échographie, la spirométrie, la dermatoscopie ou encore l’ECG.
Afin d’être épaulés dans cette démarche, les médecins peuvent recourir à la téléexpertise (TE) pour solliciter l’avis d’un spécialiste sur les résultats d’un examen. Cette pratique, déployée après une période de test positive, est un réel atout pour les généralistes pour établir des diagnostics précoces. Il est également possible d’affirmer que les spécialistes ont beaucoup à y gagner en exerçant la téléexpertise.
Dans cet article, découvrez les apports de la téléexpertise dans le domaine de la cardiologie.
La téléexpertise en cardiologie
La TE est un acte encadré qui dispose de cotations spécifiques qui ont régulièrement été revues au cours de ces dernières années.
Depuis le 1er janvier 2026, le médecin requis, indépendamment du profil du patient et du niveau d’expertise demandé, peut répondre à une sollicitation de téléexpertise sous le code TE2, rémunéré 23 euros. Toutefois, l’activité de télémédecine du médecin requis ne doit pas représenter plus de 20 % de son activité globale. De plus, le patient est limité à quatre demandes de TE par an.
Par ailleurs, depuis début 2025, la nouvelle convention médicale indique que la limite du volume d’activité globale conventionnée sur une année civile est levée concernant la téléexpertise.
Les apports de la téléexpertise en cardiologie
La téléexpertise, comme tout acte de télémédecine, ne possède aucune contrainte géographique.
Elle permet donc à un médecin généraliste d’une région A, de solliciter un expert d’une région B située à plus de 500 km. Cependant, ce mode de fonctionnement proposé par certains acteurs de la santé (cardiologue libéral ou société spécialisée en solution d’expertise) limite le rôle du cardiologue à un « simple consultant » pour l’interprétation d’un ECG. En effet, à la suite de cet acte de TE, aucun suivi n’est possible pour la prise en charge du patient pour aller plus loin dans le diagnostic.
Or, la télémédecine a pour vocation d’améliorer la prise en charge des patients au niveau local, et non de devenir une solution alternative à la médecine de ville. De plus, il est notable qu’une telle pratique de la téléexpertise limite l’apport de l’acte à une simple lecture d’ECG, alors qu’il est évident que cet acte est un outil d’optimisation de l’exercice coordonné local.
En effet, la téléexpertise présente plusieurs avantages significatifs :
- Accès aux soins amélioré : en facilitant l’accès à des avis spécialisés, la téléexpertise permet une prise en charge plus rapide et précise des maladies cardiovasculaires. Réduisant les temps d’attente pour les patients.
- Meilleure qualité des soins : les cardiologues peuvent effectuer une première analyse et demander des examens complémentaires aux médecins généralistes. Une demande des antécédents du patient peut être réalisée pour améliorer la qualité du diagnostic et du traitement.
- Optimisation du temps des cardiologues : en analysant les résultats avant la consultation physique, les cardiologues peuvent évaluer l’urgence des cas et éviter les consultations inutiles ou trop tardives.
- Collaboration renforcée avec les médecins généralistes : la téléexpertise facilite la communication entre cardiologues et médecins généralistes, permettant des diagnostics précoces et une meilleure coordination des soins.
Les recommandations pour une mise en place efficace de la téléexpertise
Pour une téléexpertise efficace entre médecins généralistes et cardiologues, le spécialiste doit s’impliquer dans le projet. Cette approche garantit le choix de l’équipement des médecins généralistes et évite un investissement inutile dans une solution secondaire pouvant être beaucoup plus onéreuse.
Les étapes de mise en place de la téléexpertise
Évaluation des besoins :
La première étape consiste à évaluer les besoins spécifiques de la patientèle des médecins généralistes. Cela inclut l’identification des pathologies cardiaques les plus courantes et le type de données nécessaires pour un examen.
Sélection des dispositifs médicaux :
Le choix des dispositifs médicaux est une étape cruciale. Les cardiologues jouent un rôle central dans la sélection du matériel auprès des médecins généralistes. Ils doivent répondre aux exigences cliniques et techniques de l’examen.
Mise en place d’un protocole :
L’établissement d’un protocole clair pour la téléexpertise est essentiel et indispensable pour se projeter à moyen ou long terme. La définition de procédures est à établir pour les demandes d’avis, la transmission des données, la communication des résultats et la gestion du parcours de soins du patient.
Finalement, le cardiologue joue un rôle de pivot dans la mise en place de la téléexpertise. Il est essentiel pour optimiser le choix des dispositifs médicaux et garantir des soins de haute qualité aux patients.
Cette approche collaborative est donc centrée sur l’expertise cardiologique. Elle assure ainsi une utilisation efficace des technologies de santé à distance. Et répond aux défis des déserts médicaux en améliorant l’accès aux soins spécialisés.
Sources :
- Ministère des Solidarités et de la Santé – Rapport sur les déserts médicaux.
- DREES – Étude sur la démographie médicale.
- Ordre des Médecins – Bilan démographique des médecins.