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Nouvelles recommandations de l'European Resuscitation Counsil (ERC)

Recommandations ERC 2025-2030 : ce qui change pour les secouristes

Les recommandations européennes de réanimation (European Resuscitation Council – ERC) évoluent en 2025 avec un virage clair : une réanimation plus précoce, plus pragmatique et résolument centrée sur la physiologie.

Ces changements concernent directement les équipes préhospitalières et les services d’urgence, dans le but d’affiner les stratégies de défibrillation, de ventilation, de gestion médicamenteuse et d’organisation des secours.

Cependant en France, même lorsque les recommandations internationales évoluent, les gestes pratiqués doivent continuer à respecter le cadre d’emploi officiel dans l’attente des nouvelles publications des différents organismes nationaux :

  • Ministère de l’Intérieur : référentiels INRS, Comités Scientifiques Français, Recommandations Sécurité Civile.
  • Ministère de la Santé : sociétés savantes, filières médicales et paramédicales d’enseignements.

Ainsi, les secouristes, pompiers ou encore urgentistes, doivent continuer à appliquer les protocoles en vigueur jusqu’à leur mise à jour officielle.

Cet article, nous avons fait le choix de synthétiser les éléments essentiels de l’Advanced Life Support (ALS) avec un focus sur les procédures de réanimation extrahospitalière.

Traitement de l’arrêt cardiaque en milieu extrahospitalier

L’ERC insiste désormais sur l’importance de réduire au maximum le délai entre les manœuvres de BLS et les premières interventions d’ALS. Dès l’arrivée des équipes professionnelles, défibrillation, gestion des voies aériennes et monitoring doivent être engagés sans transition.

« Les systèmes d’Aide Médicale Urgente (AMU) doivent être organisés pour fournir une réponse ALS rapide avec un personnel qualifié suffisant. »

Cette approche s’accompagne d’un débriefing basé sur les faits et la performance des intervenants pour améliorer la qualité de la RCP et le pronostic des patients.

Défibrillation plus précise et mieux encadrée

Les recommandations 2025 clarifient l’utilisation du défibrillateur :

Lorsqu’un DEA est déjà en place avant l’arrivée des secours, ses consignes doivent être suivies jusqu’à la fin du cycle en cours, avant une transition vers le mode manuel. L’usage du manuel n’est justifié que si le rythme peut être identifié en moins de cinq secondes, afin de ne pas allonger inutilement les interruptions de compressions.

« Les défibrillateurs manuels ne doivent être utilisés que par des intervenants capables d’identifier rapidement et précisément un rythme d’arrêt cardiaque (en moins de 5 secondes) et, si nécessaire, d’administrer un choc en toute sécurité avec une interruption minimale (moins de 5 secondes) des compressions thoraciques. »

L’ERC stipule également que toute fibrillation ventriculaire, y compris fine, doit subir un choc dès qu’elle est clairement identifiée.

En cas d’échec après trois chocs successifs, la priorité est de vérifier la bonne position des électrodes en antero-latéral avant d’envisager un changement de vecteur vers une position antéro-postérieure. Le double séquentiel n’a toujours pas de place en routine et reste réservé à la recherche.

Enfin, les recommandations rappellent les précautions indispensables liées à l’oxygène : masques, lunettes et BAVU doivent être éloignés d’au moins un mètre du thorax avant tout choc, afin d’éviter tout risque de combustion.

Voies respiratoires et ventilation

La ventilation manuelle, souvent source d’erreurs, fait l’objet d’une attention renforcée. L’ERC rappelle l’importance d’une technique à deux mains, d’un volume suffisant pour obtenir une élévation thoracique visible et d’une ventilation mesurée pour éviter toute hyperventilation.

« Pendant la RCP, commencez par des techniques de base pour les voies respiratoires et progressez par étapes selon les compétences de l’intervenant jusqu’à atteindre une ventilation efficace. »

L’intubation doit être réservée aux opérateurs particulièrement performants (plus de 95 % de réussite en deux tentatives) et réalisée avec une interruption minimale des compressions. La capnographie est obligatoire pour vérifier la position trachéale du tube, sa trace persistante étant le seul moyen fiable d’exclure une pose œsophagienne.

« L’intubation trachéale ne devrait être tentée que par des intervenants ayant un taux de réussite élevé. Elle implique une capnographie continue. »

L’ERC précise également, pour la première fois, les réglages à utiliser si un ventilateur mécanique est choisi pendant la RCP :

  • volume courant de 6-8 ml/kg (poids corporel estimé), ou pour obtenir un mouvement visible du thorax, fraction inspirée d’oxygène au maximum,
  • une fréquence respiratoire de 10/min,
  • un temps inspiratoire de 1 à 2 secondes,
  • une pression positive en fin d’expiration (PEEP) de 0 à 5 cm H2O,
  • l’alarme de pression de crête à 60-70 cm H2O,
  • et le déclencheur de débit inspiratoire désactivé.

Si l’efficacité n’est pas satisfaisante, il est recommandé de revenir à la ventilation manuelle.

Focus sur une réanimation guidée par la physiologie

L’une des évolutions les plus marquantes concerne la RCP pilotée par la physiologie dans les environnements monitorés (réanimation, bloc, salle de cathé). Ici, l’ERC recommande de viser une pression diastolique d’environ 30 mmHg lorsqu’une ligne artérielle est disponible, et d’utiliser l’ETCO₂ comme indicateur de qualité de massage, avec une valeur idéalement supérieure à 20 à 25 mmHg. L’objectif est d’adapter les compressions et les vasopresseurs aux valeurs mesurées.

« Une approche pragmatique lors de la RCP guidée par la physiologie consiste à viser une tension artérielle diastolique ≥ 30 mmHg (en cas de surveillance de la pression artérielle sanglante) et un ETCO2 ≥ 25 mmHg (3,3 kPa). »

Zoom sur les méthodes éducatives pour enseigner la réanimation de haute qualité

La formation en réanimation doit s’appuyer sur des méthodes pédagogiques variées afin de répondre aux besoins de tous les apprenants. L’intégration d’approches ludiques peut également renforcer l’engagement et la motivation, aussi bien dans les cours de réanimation de base que dans ceux de réanimation avancée.

L’efficacité de l’acquisition des compétences techniques repose sur des stratégies pédagogiques structurées et fondées sur les preuves. L’utilisation de dispositifs de feedback en temps réel pendant la RCP améliore la qualité des compressions thoraciques et la précision des gestes. La pratique délibérée en cycle rapide permet de corriger immédiatement les erreurs et d’accélérer la maîtrise des compétences. L’apprentissage espacé contribue quant à lui à une meilleure rétention à long terme. 

Conclusion

Les recommandations ERC 2025 marquent une évolution importante de la prise en charge de l’arrêt cardiaque. Elles privilégient une intervention plus précoce, une défibrillation mieux ciblée, une ventilation réellement maîtrisée et, lorsque c’est possible, une RCP pilotée par les données physiologiques en temps réel.

Ces nouvelles lignes directrices ont été conçues pour s’adapter aux contraintes réelles du terrain, offrant un cadre plus simple, plus efficace et véritablement orienté vers l’amélioration de la survie des patients.

Ces recommandations ERC 2025 viennent en complément des protocoles et référentiels établis par les différentes sociétés savantes et instances professionnelles, qui adaptent les bonnes pratiques de réanimation aux spécificités de chaque population d’intervenants, notamment les sapeurs-pompiers, équipes SMUR et personnels hospitaliers.